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ANALELE UNIVERSITATII BUCURESTI

Anul 2003

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Anul 2005

ANALELE UNIVERSITATII BUCURESTI
 
 

LIMBI ªI LITERATURI STRÃINE

2 0 0 3

 

VARIA

 

PRÉLIMINAIRES À UNE DESCRIPTION DES ACTES EXPRESSIFS

 

VIOLETA VINTILESCU

(1.0) La tentative de réévaluer le concept d’acte expressif est issue d’une réflexion sur la théorie des actes de langage, notamment sur la typologie des actes illocutoires établie par Searle[1] à partir des travaux de Austin. La taxinomie de Searle repose sur «douze dimensions de variations significatives selon lesquelles les actes illocutoires peuvent différer les uns des autres»[2].  A partir de l’observation qu’il y a cinq manières générales d’employer la langue, il parvient à établir cinq catégories générales d’actes illocutoires, décrites en fonction de quatre critères convergeants: le but illocutoire, la direction d’ajustement entre les mots et le monde, l’état psychologique exprimé et le contenu propositionnel. Lorsque nous parlons, «nous disons à autrui comment sont les choses (assertifs), nous essayons de faire faire des choses à autrui (directifs), nous nous engageons à faire des choses (promissifs), nous exprimons nos sentiments et nos attitudes (expressifs) et nous provoquons des changements dans le monde par nos énonciations (déclarations)»[3].

   Chez Searle, les classes en question se présentent de la façon suivante:

 

Assertifs

 

·         le but illocutoire est «d’engager la responsabilité du locuteur (à des degrés variables) sur l’existence d’un état de choses, sur la vérité de la proposition exprimée»[4];

·         la direction d’ajustement va des mots au monde;

·         l’état psychologique exprimé est la croyance (croire);

·         le contenu propositionnel: toute assertion (p).

 

Directifs

 

·         le but illocutoire des actes qui rentrent dans cette classe «consiste dans le fait qu’ils constituent des tentatives /.../ de la part du locuteur de faire faire quelque chose par l’auditeur»[5];

·         la direction d’ajustement va des mots au monde;

·         l’état psychologique:

·         le contenu propositionnel: «que l’auditeur fasse l’action à venir».

 

Promissifs

 

·         le but illocutoire: «obliger le locuteur /.../ à adopter une certaine conduite future»[6];

·         la direction d’ajustement va du monde aux mots;

·         l’état psychologique: avoir l’intention;

·         le contenu propositionnel: «que le locuteur fasse une action future».

 

Déclaratifs

 

·         le but illocutoire: déclaratif;

·         la direction d’ajustement va à la fois des mots au monde et du monde aux mots;

·         l’état psychologique exprimé: – (aucun);

·         le contenu propositionnel: p.

Enfin, la classe sur laquelle portera notre analyse est celle des Expressifs:

·         le but illocutoire: «exprimer l’état psychologique spécifié dans la condition de sincérité, vis-à-vis d’un état de choses spécifié dans le contenu propositionnel»[7];

·         la direction d’ajustement est un critère qui n’est pas pertinent;

·         l’état psychologique: divers états psychologiques;

·         le contenu propositionnel: «attribue une propriété à L ou à A»[8].

 

(1.1)  Dans ce qui suit, nous allons examiner de près la classe des Expressifs, dans laquelle Searle range six types d’actes: «remercier», «féliciter», «s’excuser», «présenter ses condoléances», «déplorer» et «souhaiter la bienvenue»[9]. Une analyse des actes en question nous permettra d’en identifier une série de traits spécifiques, traits qui situent cette classe à l’écart des autres.

(1.1.1)  À la différence des autres classes, dans le cas des Expressifs le critère «direction d’ajustement entre les mots et le monde» ne fonctionne pas[10].

(1.1.2)  Dans la description que Searle donne aux actes de remercier et de féliciter, nous remarquons un autre trait qui témoigne du fait que leur description est légèrement différente de la façon générale de décrire les actes illocutoires. C’est que la règle de sincérité et la règle essentielle se chevauchent:

Remercier

 

Règle de contenu propositionnel:    Acte passé C accompli par A.

Règle préliminaire:                          C a été profitable à L, et L pense que C lui
                                                            a été profitable.

Règle de sincérité:                           L est reconnaissant pour C ou a apprécié C.

Règle essentielle:                             Dire p revient à exprimer sa reconnaissance
                                                               ou son appréciation
.

                                       

Féliciter

 

Règle de contenu propositionnel:        Evénement,  acte  etc.  quelconque  et  se
                                                                  rapportant à A.

Règle préliminaire:                           E est profitable à A et L pense que E est

                                                          profitable à A.

Règle de sincérité:                           L est content que E se produise.

Règle essentielle:                             Dire p revient à exprimer son contentement

                                                            face à E.[11]

 (1.1.3) À l’égard des conditions préliminaires, il faut remarquer le fait que:

(1.1.3.1) D’une part, une partie de la condition préliminaire établie par Searle n’est pas absolument nécessaire. Si L pense que C lui a été profitable, il peut remercier A même si, en réalité, C ne lui est pas profitable mais L ne s’en rend pas compte. Prenons l’exemple où, à l’école, Jean remercie Jacques de l’avoir aidé à une épreuve écrite de mathématiques; cependant, les solutions que Jacques lui a données ne sont pas les bonnes. Il ne s’ensuit pas que l’acte accompli par Jean soit moins un remerciement. Il en va de même pour les félicitations, pour les condoléances, pour les excuses, et ainsi de suite. Je peux féliciter X d’avoir accompli E pour la seule raison que je pense que E lui est profitable. Il se peut qu’en réalité cela lui soit moins profitable que je ne le pense mais cela n’y change rien. Ou bien, je peux exprimer mes condoléances à X, sans savoir qu’il avait attendu la mort de son oncle pour hériter de sa fortune.

La conclusion qui s’impose est qu’il n’est pas nécessaire que l’événement / l’acte, soit en réalité profitable à A, profitable à L, nuisible à L, etc.; il suffit que L l’envisage de telle ou telle façon pour qu’il accomplisse l’acte de remercier, de féliciter, de s’excuser.

(1.1.3.2) D’autre part, ce qui distingue ce type d’actes des autres types (conseiller, avertir, poser une question, promettre, etc.), c’est que dans le premier cas il n’y a pas de condition préliminaire du type «il n’est certain, ni pour L ni pour A, que... ». Au contraire, des actes tels remercier, s’excuser, féliciter sont des réactions aux situations qui placent le locuteur dans la position d’un débiteur. Remercier, s’excuser, c’est payer une dette à l’autre, soit parce qu’il a accompli tel acte en faveur du locuteur; soit parce qu’on lui a causé un préjudice quelconque[12]. Ce sont des actes compensatoires et, dans la plupart des cas, on pourrait affirmer qu’il est presque certain, pour L aussi bien que pour A, que L va accomplir l’acte en question. D’ici le haut degré de ritualisation de ces actes, trait qui, de nouveau, place les actes que Searle décrit comme expressifs près des déclaratifs; ils pourraient être considérés une sous-classe des déclaratifs, vu que le locuteur remplit un rôle dans un rituel et accomplit un acte institutionnalisé.

(1.1.4) La dernière remarque à propos de la description des actes expressifs donnée par Searle porte sur la condition de sincérité. Le haut degré de ritualisation de ces actes fait diminuer de plus en plus l’importance de la condition de sincérité. On remercie, on s’excuse, on exprime ses condoléances, même si, en réalité, on n’éprouve pas de reconnaissance ou de regret. La ritualisation a comme effet principal la régression du trait /+expressif/, car on n’exprime plus rien (ou bien on exprime quelque chose mais sans l’éprouver).

(2) Il nous semble par conséquent légitime de nous demander s’il s’agit effectivement d’une classe à part, ou si les actes dont parle Searle ne représentent pas seulement une sous-classe d’actes expressifs (parmi d’autres sous-classes possibles).  A notre avis, on ne peut pas restreindre la classe des expressif  aux six actes cités au début – non seulement en vertu du fait que leur très grande ritualisation les rapproche des déclaratifs, mais aussi parce qu’on devrait laisser ainsi de côté toute une série d’actes, comme ceux que l’on accomplit lorsque, dans certaines circonstances, on énonce des phrases telles: j’en ai assez!, quel malheur!, qu’il est grand!, lâche!.

D’autre part, les expressifs de Searle se rangent parmi les comportatifs[13] de Austin, mais on ne peut pas considérer que tous les comportatifs soient des actes expressifs, vu que la classe dont parle Austin semble loin d’être rigoureusement définie – à côté de ‘remercier’, ‘s’excuser’, ‘souhaiter la bienvenue’, il y inclut des verbes tels ‘braver’, ‘mettre au défi’, ‘protester’, qui ne se laissent pas analyser de la même manière. De plus, Austin fait une distinction nette entre les comportatifs et, « d’une part, l’affirmation ou la description de nos sentiments, et, d’autre part, leur expression (au sens où nous leurs donnons libre cours) »[14]. Chez Austin, ‘exprimer une émotion’ est souvent envisagé comme une manifestation physiologique, qui se produit verbalement mais qui ne vise personne, qui n’a pas de but illocutoire.

Au pôle opposé, Parret considère que «l’émotion n’est plus un contenu qui s’exprime de quelque manière, mais elle est un opérateur qui modifie tous les contenus, même ceux qui sont exprimés dans des assertions ou des phrases déclaratives»[15].

(3.0) Tout en admettant la présence d’une force émotive dans tous les types d’actes, nous considérons que les actes expressifs sont les actes dont l’intention réside presque exclusivement dans l’expression d’une attitude – évaluative ou affective – vis-à-vis d’un état de choses. Il est vrai qu’il y a une force émotive[16] qui opère aussi bien dans le cas de C’est à ta jolie soeur que je veux parler! que dans celui de Qu’elle est jolie!; mais lorsqu’on énonce la première phrase on exprime plutôt le désir de parler avec une personne, tandis que dans le deuxième cas l’intention du locuteur est d’exprimer le plaisir qu’il éprouve à cause du fait que X est jolie. En fait, il serait plus approprié de dire ‘à cause du fait qu’il la trouve jolie’. Il y a donc expression d’une évaluation et expression de la réaction du locuteur vis-à-vis de l’évaluation qu’il fait.

A ce point de la discussion il surgit une question importante, à laquelle nous allons proposer une réponse dans ce qui suit: où situer les actes qui consistent à faire l’évaluation d’un état de choses, actes dont Searle ne parle pas dans sa taxinomie? Est-ce qu’on devrait les ranger parmi les assertifs ou plutôt parmi les expressifs?

(3.1) Notre hypothèse est que le domaine des expressifs est un continuum qui a des limites très floues, ayant comme extrémités les assertifs d’une part et les déclaratifs de l’autre. L’impossibilité de délimiter rigoureusement la classe des expressifs vient du fait que «l’axe de l’opposition objectif/subjectif n’est pas dichotomique, mais graduel»[17].

De plus, à partir des catégories d’adjectifs subjectifs que C. Kerbrat-Orecchioni distingue (adjectifs évaluatifs – axiologiques et non-axiologiques – d’une part, et adjectifs affectifs de l’autre) on pourrait établir trois catégories d’actes expressifs[18]: actes de type évaluatif – non-axiologique ou axiologique – et actes de type affectif. Les expressifs de type affectif sont plus éloignés des assertifs que les expressifs de type évaluatif. Il faut rappeler à ce sujet que «les adjectifs affectifs énoncent, en même temps qu’une propriété de l’objet qu’ils déterminent, une réaction émotionnelle du sujet parlant en face de cet objet»[19]. A leur tour, les trois catégories d’expressifs ne représentent pas des ensembles disjoints. Tout comme Kerbrat-Orecchioni admet l’existence des «axiologico-affectifs»[20], on remarque le fait que certains actes expressifs, tels l’acte d’exprimer le mépris / l’admiration, expriment à la fois une évaluation et une attitude affective.

   Il s’ensuit que cette classe d’actes est gouvernée par la gradualité, trait dont nous allons démontrer la présence au niveau de chacune des trois dimensions fondamentales en fonction desquelles Searle décrit les Expressifs: le but illocutoire (ou l’intention), le contenu propositionnel et l’état psychologique exprimé.

(3.1.0) Le premier point – et le plus important – est celui de la gradualité dans l’intentionnalité. L’intention flotte entre une ‘non-intention’, lorsqu’il s’agit des interjections, des émissions verbales complètement désémantisées (du type Aie! Oh!), qui représentent plutôt des gestes verbaux que des actes, et l’intention discursive complexe d’exprimer une émotion pour faire savoir à l’interlocuteur ce que l’on éprouve vis-à-vis d’un état de choses ou d’un cours d’événements. Entre ce deux pôles il y a les cas où le degré d’intentionnalité varie. Quand on est seul et qu’on s’exclame en émettant un ou deux mots d’imprécation tels que nom de Dieu! ou mince!, à cause d’une situation embarrassante, notre énonciation «n’appartient d’aucune façon immédiate à une rencontre conversationnelle, à un état de parole ratifié entre participants ratifiés»[21]. L’intention est très faible dans ce cas, mais il s’agit d’un degré d’intentionnalité plus élevé que dans le cas des interjections comme Aie!, lorsque quelque chose nous fait mal – parce qu’on prend toujours le temps d’encoder ses vocalisations dans la langue[22].

D’autre part, lorsque la source de l’acte se rattache à l’interlocuteur, ce dernier est plus visé que dans le cas où l’on exprime une émotion qui n’a pas de rapport avec lui; l’intention n’est pas la même dans Quel malheur! et dans Espèce d’idiot!

(3.1.0.1) Nous pouvons ainsi distinguer trois zones sur l’axe de l’intention: le degré zéro (pour les ‘réflexes verbaux’), ensuite la zone où l’intention est faible mais présente (vu l’encodage linguistique) et celle ou l’intention se manifeste pleinement, frôlant les classes d’actes qui délimitent les expressifs – les assertifs et les déclaratifs. C’est pourquoi il est très difficile de dire où exactement un acte sort de la classe des assertifs et entre dans celle des expressifs. Un exemple qui vient renforcer cette idée est celui que donne C. Kerbrat-Orecchioni[23] lorsqu’elle affirme que «l’on passe insensiblement de l’énoncé constatif à l’énoncé injurieux:

(1)    ‘ce que tu dis la est contraire à la vérité’: constat

(2)    ‘tu mens en disant cela’: des lors qu’il comporte l’idée d’une dissimulation délibérée, l’énoncé s’axiologise, et le constat vire à l’accusation

(3)    ‘tu es un menteur’: il ne s’agit plus ici d’une caractéristique ponctuelle mais d’une étiquette injurieuse qui prétend énoncer une propriété intrinsèque du dénoté; corrélativement, la force illocutoire de l’énoncé s’accentue

(4)    ‘espèce de sale menteur!’: injure proprement-dite.»[24]

D’autre part, la distinction expressif / déclaratif est parfois difficile à faire. Nous avons déjà mentionné le fait que des actes tels ‘exprimer ses condoléances’, ‘féliciter’, étant fortement ritualisés, se situent près des déclaratifs; un autre exemple est celui de l’énoncé C’est bien! produit dans des  situations différentes. Par exemple, un élève qui vient de passer une épreuve de mathématiques et qui compare ses solutions à celles que le professeur à affichées à la sortie va s’exclamer C’est bien! au moment où il découvre que les siennes sont correctes. Dans ce cas on a affaire à un acte expressif – le locuteur exprime la joie et le contentement qu’il éprouve à cause du fait que ses solutions sont les bonnes. Mais la même phrase peut servir à accomplir un acte déclaratif, lorsqu’elle est énonce par exemple par un membre d’un jury qui doit opérer une sélection en prononçant C’est bien! ou Ce n’est pas bien!.

(3.1.0.2) Toujours à l’égard de l’intentionnalité discursive, il faut souligner un point très important: nous faisons une distinction nette entre décrire son ‘état psychologique’ (émotion, sentiment, évaluation etc.) et l’exprimer, qui revient à l’éprouver simultanément (ou, au  moins, à prétendre que l’on éprouve). En accomplissant un acte expressif, le locuteur se pose comme ‘siège’ d’une émotion (dans l’acception la plus large du terme) qui vient de surgir dans son esprit. Il ne s’agit pas de tel ou tel trait psychologique du locuteur, mais de son état d’esprit (plus ou moins) passager, intense,  qui coexiste avec l’accomplissement de l’acte; il s’agit d’exprimer une émotion éprouvée au moment même de l’énonciation. Je ne peux m’exclamer Ce que Pierre est intelligent! que si je viens de découvrir cette qualité de Pierre (ou si un événement particulier vient de me la rappeler). Autrement, j’aurais dit tout simplement Pierre est très intelligent.

La forme que revêt cette opposition chez Ducrot et l’explication qu’il en fournit à travers la théorie de la polyphonie nous semblent appuyer notre hypothèse. La différence repose, selon Ducrot, sur la manière dont le sujet parlant représente l’énonciation qu’il est en train d’accomplir. «En disant Pierre est très intelligent on présente l’énonciation comme résultant totalement d’un choix, c’est-à-dire de la décision prise d’apporter une certaine information à propos d’un certain objet. Avec Ce que Pierre est intelligent! on la donne au contraire comme déclenchée par la représentation de cet objet: c’est l’intelligence même de Pierre qui semble forcer à dire Ce que Pierre est intelligent!. (Dans le cas des interjections, un sentiment, souffrance, plaisir, étonnement, etc. sert de relais entre la situation et l’énonciation; l’interjection chic! se donne comme provoquée par la joie ressentie au moment où le locuteur apprend un certain fait, comme effet de la joie: la joie ‘éclate en elle’)»[25]. De plus, après avoir introduit la distinction entre L (‘locuteur en tant que tel’ et l (‘locuteur en tant qu’être du monde’) – les deux étant des êtres du discours – Ducrot remarque le fait que dans le cas des interjections le sentiment est présenté à travers l’énonciation et non seulement au moyen de l’énonciation: «le sentiment, dans le cas des énoncés déclaratifs[26], apparaît extérieur à l’énonciation, comme un objet de l’énonciation, alors que les interjections le situent dans l’énonciation elle-même – puisque celle-ci est présentée comme l’effet immédiat du sentiment qu’elle exprime»[27].

(3.1.1) Au niveau du contenu propositionnel, la classe des expressifs, telle qu’elle a été décrite par Searle, ne contient que des actes traitant d’une propriété attribuée à L ou à A. Nous proposons un élargissement par rapport à l’approche de Searle – trop restrictive à notre avis – élargissement qui nous permet de récupérer une série d’actes situés autrement en dehors de toute classe. Ainsi une propriété qui appartient à un tiers, par exemple, peut-elle déclencher l’expression d’une émotion ou d’une attitude évaluative chez le locuteur et apparaître au niveau du contenu propositionnel d’un acte expressif.

(3.1.1.1) Du point de vue de la réalisation linguistique, les expressifs varient énormément entre, d’une part, les interjections de type Aie!,  Ah!, etc., et d’autre part des phrases rigoureusement élaborées, qui obéissent aux règles de la syntaxe, du type Je suis très triste de devoir quitter ma douce ville natale. Plus il s’agit d’un sentiment intense, éprouvé à l’instant même où l’on parle, plus l’acte que l’on accomplit se déplace des assertifs vers les expressifs. Inversement, l’intensité du sentiment exprimé diminue au fur et à mesure que la phrase énoncée est plus élaborée. Comme l’on sait bien depuis les grammairiens de Port Royal, la syntaxe de la langue française repose sur des structures logiques, rationnelles, qui obligent la pensée à se conformer aux règles qu’elle impose; il en résulte qu’une phrase élaborée est plutôt une description de sentiment, où même une réflexion sur ce que l’on éprouve, qu’une expression. C’est surtout dans la sous-classe des affectifs, ou axiologico-affectifs, que ce critère fonctionne; pour ce type d’actes,  l’intensité dans la présentation du but illocutoire et l’intensité du sentiment exprimé se trouvent dans un rapport inverse. Une énonciation telle Je trouve admirable que vous l’ayez fait! est beaucoup plus descriptive – et beaucoup moins expressive – que Magnifique! ou encore Ah! ou Oh!. La même différence s’installe entre Je suis surpris que tu sois là! d’une part et Tiens! ou C’est pas vrai! de l’autre. Au moment où j’énonce toute une phrase, bien structurée, je suis déjà un peu moins surpris. De même, une phrase telle J’en veux à Paul de m’avoir fait cela est presque dépourvue de sentiment par rapport à l’exclamation Quel salaud!

(3.1.1.2) Vu les dimensions de cet article nous n’allons pas nous étendre sur les marqueurs de force illocutoire, mais nous allons quand même souligner les aspects qui nous semblent les plus importants.

Un trait définitoire des actes expressifs est le manque de verbe performatif[28]. Dans la grande majorité des cas, le but illocutoire n’est pas présenté d’une manière explicite. Exprimer (opposé ici à décrire ou indiquer), c’est signifier implicitement[29]. Par conséquent, à la différence des autres classes d’actes, il n’existe pas un verbe performatif unique qui puisse expliciter ce que le locuteur fait lorsqu’il accomplit un acte expressif. Cependant, on pourrait considérer que dans certains cas on emploie des verbes performatifs – verbes qui explicitent des sous-types d’actes expressifs.  Il s’agit d’un petit nombres d’actes à travers lesquels on exprime une attitude ‘positive’ ou ‘valorisante’ comme dans Je te félicite!,  Je vous remercie!, etc[30].

   Pour ce qui est des marqueurs qui indiquent la force illocutoire, dans le cas des expressifs c’est le type de phrase qui est la marque la plus fréquente, notamment la phrase exclamative. J.-Cl. Milner propose une sorte de définition négative de la structure exclamative: «une structure qui signifie le haut degré en l’absence des marqueurs spécifiques de cette catégorie sémantique, et en présence des marqueurs dotés des deux caractéristiques suivantes:

(a)   ce sont des marqueurs syntaxiques sans contenu sémantique

(b)  ils apparaissent dans des contextes autres que exclamatifs»[31].

Précisons: de notre point de vue (et en accord avec ce que nous avons affirmé dans les sections précédentes), la fonction principale des exclamatives n’est pas d’exprimer le haut degré (de quantité ou de qualité), mais les sentiments que la perception de ce haut degré provoque chez le locuteur. Dans Que de fleurs! (à la différence de Il y a beaucoup de fleurs ici), ce sont la surprise et le plaisir que le locuteur éprouve à la vue d’un grand nombre de fleurs qui sont exprimés, et non pas le fait qu’il y a beaucoup de fleurs. Le problème est important, car cela relève de la nature même des actes expressifs. A la différence des autres actes, dans le cas des expressifs c’est la modalisation affective de l’énoncé qui est posée, tandis que le contenu descriptif appartient au domaine de l’implicite.[32] Cela pourrait sembler bizarre, étant donné le fait qu’on est habitué à considérer que tout énoncé pose un contenu propositionnel qui est doué d’une force illocutoire. Pourtant, dans le cas des expressifs c’est la force illocutoire même qui fait l’objet de la communication, c’est elle qui constitue le posé, alors que le contenu descriptif se trouve dans une relation d’implication logique par rapport à ce posé.

(3.1.2) Comme nous l’avons déjà signalé lors de la discussion sur le contenu propositionnel d’un acte expressif, l’état psychologique exprimé se caractérise par un degré d’intensité variable. Cela est moins évident pour les évaluatifs non-axiologiques, actes qui se situent près des assertifs; en revanche, au niveau des évaluatifs axiologiques et à celui des affectifs, la gradualité se fait fortement remarquer. D’une part, l’évaluation que l’on fait repose toujours sur une échelle de valeurs; d’autre part;  les sentiments que l’on exprime peuvent être plus ou moins intenses, l’univers affectif étant par excellence graduel.  C’est ce qui justifie encore une fois l’absence de verbe performatif dans le cas des expressifs. L’emploi d’un performatif situerait à un même niveau des actes dont l’intensité de l’état psychologique est en réalité différente. Dire *Je te loue, par exemple, neutraliserait des nuances très importantes que l’emploi des termes plus ou moins laudatifs fait ressortir.

L’état psychologique exprimé lors de l’accomplissement d’un acte expressifs est donc lui aussi gouverné par le trait /+/ graduel vu que, d’une part, il s’agit de trois types d’attitudes que l’on peut exprimer à l’égard d’un état de choses – une attitude évaluative, non-axiologique ou axiologique, et une attitude affective – et que, d’autre part, l’intensité de tout sentiment et de toute évaluation varie. À cela s’ajoute le fait que l’état psychologique exprimé peut viser l’interlocuteur – dans le sens que celui-ci peut constituer l’objet de l’évaluation ou la cible de l’expression d’un sentiment – mais il se peut tout aussi bien que l’interlocuteur soit en dehors de l’évaluation ou du sentiment que l’on exprime.

(4) Les traits des Expressifs que nous avons essayé de mettre en évidence le long de cette discussion se reflètent dans le fonctionnement discursif de ce type d’actes. En règle générale, ils se constituent en répliques abruptes, qui sortent du schéma conversationnel habituel, ce qui est prouvé par le fait que les cas où l’on enchaîne sur un acte expressif sont très rares. Prenons quelques exemples tirés de Marivaux[33]:

 [HZ1] 

(1)    Lisette:         Mais,  Madame,  le  futur,  qu’a-t-il  donc  de  si
                        désagréable, de si rébutant?

Silvia:           – Il me déplaît, vous dis-je, et votre peu de zèle aussi.

Lisette:         – Donnez-vous le temps de voir ce qu’il est; voilà tout
                        ce qu’on vous demande.

 

(2)    Lisette:         – Son valet, qui fait l’important, ne vous aurait-il point
                        gâté l’esprit sur son compte?

Silvia:           – Hum! La sotte! Son valet a bien affaire ici.

Lisette:         – C’est que je me méfie de lui, car il est raisonneur.

 

(3)    Silvia:           – /.../ allons, qu’il n’en soit plus parlé!

Dorante:       – Ah, ma chère Lisette, que je souffre!

Silvia:           – Venons à ce que tu voulais me dire.

Dans (1) on pourrait considérer que Silvia accomplit deux actes expressifs: ‘il me déplaît’ + ‘votre peu de zèle me déplaît’. Le premier est plus rapproché des descriptifs (assertifs) que le second, car il décrit une attitude axiologico-affective de longue durée, qui existait déjà au moment où cet échange a lieu, tandis que le second est une réaction à l’intervention de Lisette, l’expression donc d’un sentiment éprouvé simultanément. Ce qu’il faut remarquer, c’est qu’il n’y a pas d’enchaînement sur ce second acte expressif; de plus, il aurait pu manquer sans que l’échange soit ainsi incomplet.

De même, dans (2) et (3) les actes expressifs s’insèrent dans l’échange d’une façon abrupte, ils brisent presque le dialogue. Une preuve en est aussi le fait que la plupart des répliques dites ‘à part’ sont des actes expressifs, qui se désignent ainsi comme des actes isolés, où le rôle de l’interlocuteur se réduit bien des fois à celui d’un témoin qui aurait pu manquer. A titre d’exemple, quelques répliques tirées toujours de Marivaux[34]:

M.  Orgon (à part): – Son idée est plaisante!

Dorante (à part):   – Cette fille m’étonne!

Silvia (à part):      – Quel homme pour un valet!

Le ‘dysfonctionnement’ discursif des expressifs est parfaitement explicable si l’on considère (comme nous l’avons déjà proposé plus haut) qu’il ne posent pas un contenu descriptif mais une modalisation affective; il s’ensuit qu’ils ne peuvent pas se rattacher au thème de la conversation - le contenu de leur ‘thème’ étant d’une autre nature.

(5) Les observations que nous avons présentées dans cet article nous amènent à considérer que la classe des expressifs est une classe à part, hétérogène, difficile à circonscrire d’une manière rigoureuse. Ce sont des actes recouvrant un domaine continu qui s’étend entre les déclaratifs et les assertifs et dont les limites sont extrêmement floues. La gradualité s’y retrouve à tous les niveaux, ce qui permet, entre autres, d’établir différentes sous-classes d’actes expressifs – tels les évaluatifs ou les affectifs. C’est pourtant une hypothèse qui reste encore à vérifier; nos conclusions pourraient servir de point de départ pour une analyse approfondie qui prenne en compte les aspects moins discutés du problème et qui éclaircisse les éventuelles ambiguïtés.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

AUSTIN, J.L., 1970 – Quand dire, c’est faire, Seuil, Paris.

BENVENISTE, E., 1966 – Problèmes de linguistique générale, vol.1, Gallimard, Paris.

DUCROT, O., 1984 – Le dire et le dit, Minuit, Paris.

GOFFMAN, E., 1987 – Façons de parler, Minuit, Paris.

KATZ, J.J., 1977 – Propositional Structure and Illocutionary Force, Thomas Y. Cromwell, New York.

KERBRAT-ORECCHIONI, Catherine, 1980, L’énonciation. De la subjectivité dans le langage. Armand Colin, Paris. 1992, Les interactions verbales, II, Armand Colin, Paris. 1994, Les interactions verbales, III, Armand Colin, Paris.

MILNER, J.-Cl., 1978 – De la syntaxe à l’interprétation. Quantités, insultes, exclamations, Seuil, Paris.

PARRET, H., 1986 – Les passions. Essai sur la mise en discours de la subjectivité, Mardaga, Bruxelles.

SEARLE, J.R., 1972 – Les actes de langage, Seuil, Paris.

                     1982 – Sens et expression, Minuit, Paris.


 

[1] SEARLE, 1982.

[2] Idem, p. 40.

[3] Ibidem, p. 32.

[4] Ibidem, p. 52.

[5] Ibidem, p.53.

[6] Ibidem, p. 53.

[7] Ibidem, p. 54.

[8] Idem.

[9] Idem. À remarquer le fait que l’acte se rattache toujours à l’interlocuteur (dans le sens où celui-ci fait toujours partie de la source de l’acte); ainsi, toute expression d’un «état psychologique» vis-à-vis du locuteur ou d’un état de choses qui n’a pas de rapport à l’interlocuteur est exclue de cette classe.

[10] «En accomplissant un acte expressif, le locuteur n’essaie pas de faire que le monde se conforme aux mots, ni que les mots se conforment au monde» (SEARLE, 1982, p. 55).

[11] SEARLE, 1972, p. 108-109.

[12] cf. Katz, 1972, p. 212.

[13] Actes qui « incluent l’idée d’une réaction à la conduite et au sort d’autrui, l’idée d’attitudes et de manifestations d’attitudes à l’égard de la conduite antérieure ou imminente de quelqu’un » (Austin, 1970, p. 161).

[14] Austin, 1970, p. 161.

[15] PARRET, 1986, p. 159.

[16] force qui anime la performance; «mettre en oeuvre la force émotive, c’est performativiser le texte, l’énoncé ou le syntagme; /.../ elle contribue au potentiel de l’acte de langage – c’est  à dire que sa présence, modifiant comme un opérateur radical les contenus de fond en comble, donne à l’énoncé la potentialité d’être utilisé en tant qu’expression d’états psychologiques» (PARRET, 1986, p. 159).

[17] CATHERINE KERBRAT-ORECCHIONI, 1980, p. 72.

[18] Cf. ANCA MÃGUREANU – communication personnelle.

[19] CATHERINE KERBRAT-ORECCHIONI, 1980, p. 84.

[20] Ibidem, p. 85.

[21] GOFFMAN, 1987, p.105.

[22] Les observations de Goffman soulignent la même idée: «Lorsque, étant seuls et trébuchant, nous nous insultons nous-mêmes (ou le trottoir ou le monde entier), c’est pour nous-mêmes que nous jurons; c’est à nous-mêmes que nous paraissons nous adresser. Mais les imprécations sont, semblent-il, façonnées pour être entendues de l’entourage» (1987, p. 105). Il ne s’agit pas tout simplement d’un défoulement, mais aussi d’une orientation vers l’auditoire - preuve en est le fait que ‘l’auto-communicateur mâle censure ses expressions en présence des femmes et des enfants; de plus, «si l’on s’aperçoit que des gens tout près out pu voir ce que l’on a fait (ou pas fait) une exclamation chuchotée peut suffire; si, au contraire, les témoins sont loin, il faudra crier» (Goffman, 1987, p.105).

[23] C. Kerbrat-Orecchioni, 1980, p.79.

[24] Ibidem.

[25] O. Ducrot, 1984, p. 185-186.

[26] Chez Searle, assertifs.

[27] O. Ducrot, 1984, p. 200 (souligné par nous).

[28] À cet égard, J.-Cl. Milner considère que les Noms de Qualité du type idiot, imbécile, salaud représentent des ‘performatifs de l’insulte’; «... ils fonctionnent par rapport à l’acte d’insulter comme la première personne du présent ‘je promets’ par rapport à l’acte de promettre /.../ il n’existe pas de classe ‘idiot’, ‘salaud’, etc., dont les membres seraient reconnaissables à des caractères objectifs communs; la seule propriété commune qu’on puisse leur attribuer, c’est qu’on profère à leur égard dans une énonciation singulière l’insulte considérée». (J.-Cl. Milner, 1978, p. 296).

[29] Il peut y avoir explicitation, mais cela ne se réalise pas à travers des verbes performatifs; cela vient de la codification, du haut degré de ritualisation. L’injure, par exemple, est extrêmement codifiée – et plus un acte et codifié plus il s’éloigne de l’emploi d’un performatif. Au sujet des injures, C. Kerbrat-Orecchioni affirme que «dans certaines circonstances, leur utilisation obéit à des règles si strictes qu’elles semblent sortir tout droit d’un manuel de bon usage» (1980, p. 80). Pourquoi cette codification? Parce que l’injure est un acte très menaçant; il y a un tabou social qui intervient et qui contraint le locuteur à ne pas employer un verbe performatif.

[30] C’est le cas des verbes que Benveniste appelle ‘délocutifs’ («dérivés de locutions») (1966, p. 277). Aussi ne s’agit-il pas de vrais performatifs; si ‘je promets’ équivaut à ‘je fais une promesse’, ‘je te remercie’ n’équivaut pas à ‘*je te fais un remerciement’ mais à ‘je te dis merci’; Benveniste signale ce phénomène et souligne le fait que «le trait essentiel et signalétique d’un délocutif  est qu’il est avec sa base nominale dans la relation ‘dire...’, et non dans la relation ‘faire...’ qui est propre au dénominatif» (1966, p. 285).

[31] J.-Cl. Milner, 1978, p. 253.

[32] Cf. Anca MÃgureanu, communication personnelle.

[33] Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux (1730), Le jeu de l’amour et du hasard.

[34] Idem.

 

   

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